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Citer message N°8505 Extraits tome 1

Chap. I : Un voile de suspicions.


Sous une chaleur accablante d’un samedi du mois d’août 2238, affichant 42° Celsius à l’ombre, je rentrai d’un après-midi de lèche-vitrine, pour dénicher des vêtements à petit prix, pour mon fils. C'était une période d'une douceur hivernale sur les côtes de l'île et très froide à l'intérieur des terres, avant l’irrémédiable bouleversement climatique de la fin du XXIe siècle. Mais à présent, elle s'apparentait à un fourneau. La sueur perlait sur nos fronts, mais nous étions satisfaits de nos emplettes. Mon petit bonhomme prenait deux centimètres tous les quinze jours, à compter du début de cette année. « C’est tout de même incroyable la rapidité à laquelle il a pu grandir ! Pensai-je dans le couloir de notre résidence. » Bien que son développement biologique et psychique ait été extraordinaire, durant une courte phase de sa tendre enfance, celle-là me dérouta par son imprévisibilité. « Mais quelle taille aura-t-il à 18 ans ? Songeai-je d’un air sidéré... Il ne va quand même pas dépasser le record du monde du plus grand homme de tous les siècles ! ... Non !!! Sa croissance ralentira, comme la mienne à son âge, du moins, j’espère qu’elle se stabilisera, d’ici le 1er septembre, sinon mon portefeuille subira la plus grosse crise économique qu’il n’ait connue, depuis que je le possède, souhaitai-je en jetant un œil sur ma montre, tout en passant le seuil de mon entrée. »
17 heures, la porte de l’appartement se referma sur notre passage, par un système automatique mécanique. Dès mes premiers pas, ma chaussure droite heurta une enveloppe qui avait été introduite par la scissure de la porte. Celle-ci glissa sur le carrelage, jusqu’à Sami qui la ramassa et me la remit. Encombrée par mes sacs de courses, j’en déposai un, pris le pli cacheté et le posa sur la table de la salle à manger, sans en contrôler sa provenance, ni son contenu. Ce courrier avait soulevé la curiosité de mon chérubin qui attendait impatiemment, à mes côtés, pour découvrir ce qui s’y cachait.
- « Tu ne l’ouvres pas ! S’étonna-t-il le front plissé de contrariété, à l’instant même où je m’apprêtai à me livrer à mes occupations quotidiennes.
- Plus tard mon cœur, nous avons des tâches prioritaires à accomplir, avant la nuit, justifiai-je d’un ton bienveillant. Tiens, aide-moi à porter quelques sacs et suis-moi.
- Ok, lequel je prends ? Demanda-t-il d’un air déçu.
- Celui qui est au sol et celui-ci, le lui tendis-je le visage rayonnant d’enthousiasme. »
Sami accrocha fermement aux poignées des sachets durables de courses et me suivit d’un pas décidé. D’emblée, nous montâmes à l’étage de mon duplex, avec nos achats, pour me consacrer à une séance de 20 minutes de pressing. Pendant que je rangeai ses affaires dans son placard, en chantonnant un air de mon registre musical, mon bambin se déshabilla pour prendre une douche, sous mon regard attentionné.
- « Ne reste pas devant la fenêtre chaque fois que tu enlèves ton enveloppe charnelle mon p'tit loup, tu encoures un risque peut-être mortel et moi des préjudices émotionnels, préconisai-je les pupilles dilatées de crainte. Et au passage, tu serais gentil de m’allumer le transistor, avant de te doucher, s’il te plait.
- Oui, mam j’y vais, consentit-il d’une voix enjouée. Mais d’abord, prends-moi dans tes bras pour que je puisse t’embrasser.
- Viens vite mon ange, conviai-je en les lui ouvrant chaleureusement, que me vaut ce tendre câlin ?
- Merci ma petite maman pour cet extraordinaire après-midi avec toi, je ne l’oublierai jamais, gratifia-t-il d’un ton ému.
- Oh que c’est gentil mon cœur ! Succombai-je les yeux embués de bonheur. Nous en programmerons d’autres, c’est promis ! Rien qu’à voir et ressentir ta joie profonde, tu peux en être rassuré, je n’y manquerais pas. »
Ce gamin était un prodige. À peu de jours de sa sixième année anticipée, il était déjà le petit homme de la maison, intelligent, mature et responsable, sur ses 144 centimètres de statures. Son calme et sa patience me permettaient de supporter ma situation professionnelle instable et notre vie précaire. Voilà un semestre durant laquelle j’étais en quête d’un emploi, dans un domaine compatible à mon existence et répondant à nos exigences financières, or, les conjonctures économiques de l’île défavorisaient l’embauche et la création d’emplois. Le métier de serveuse que j’exerçais à mi-temps s’avérait d’une contrainte à nuire à mon équilibre physique et psychique. Malheureusement, mes nombreuses recherches n’aboutissaient sur aucune proposition plus prometteuse et valorisante. Mon relevé de compte bancaire affichant toujours, un solde mensuel débiteur provoquait, parfois, mes crises de larmes et d’angoisses. En vue de lutter contre un avenir incertain, en ces temps extrêmement rudes et destructeurs pour les trois quarts de la population mondiale, nous survivions au moyen des économies que j’avais pu faire, lorsque je vivais encore chez ma mère, et de l’héritage que mon père nous avait légué à sa mort. Grâce à notre ouverture d’esprit sur le monde, nous subsistions au seuil critique d’une pauvreté de ressources financières, certes, mais en contrepartie nous étions au sommet d’une richesse affective et culturelle, à travers ma relation d’amour maternel avec mon fils, affective avec Manou et sentimentale avec mon petit ami Loïc, et grâce à mes activités artistiques, mes lectures et à mes études que je venais d’abandonner par obligation, mais dont le temps à m'y consacrer fut bienfaiteur.
D’une obéissance exemplaire, Sami marcha jusqu’au chevet de sa chambre où se trouvait la prise d’électricité, y raccorda celle du transistor, et le mit en service, avant de se rendre à la salle de bains. Une plage de chansons nostalgiques était diffusée à travers les ondes. Soudain, la musique s’interrompit. Je jetai un coup d’œil sur ma montre, pendant qu’un générique d’émission démarra. 17 h 30, c’était l’heure des dépêches régionales. Nous étions branchés sur la station d’une radio locale. Le journaliste d’un genre plutôt dramatique annonça, d’une intonation tragique et précipitée, une page spéciale liée à de récents incidents.
- « Mes chers auditeurs et auditrices, bonjour ! Des évènements d’une gravité exceptionnelle nous ont incités à démarrer les informations de cette fin d’après-midi, par une page spéciale. Un grand magasin de vêtements pour enfants, l’établissement Robady, a été entièrement ravagé par les flammes, il y a de ça un peu plus d’une heure. Dans un intervalle de quarante-cinq minutes, un autre commerce de chaussures pour enfant et adolescents, Chauss Island, situé dans un quartier opposé au premier, s’est retrouvé sous l’emprise d’un énorme brasier. L’intervention rapide des pompiers a permis de sauvegarder, uniquement, les films des caméras de surveillance de ces grandes surfaces et quelques archives de bureaux. C’est du jamais vue la vélocité à laquelle les flammes ont dominé sur le combat et l’acharnement de nos soldats de feu. Ce sinistre, au-delà de la réalité incontestée, qu’il est en partie justifié par les facteurs climatiques actuels figure dans le palmarès du hors-norme. Historiquement, à aucun moment de tels incendies ne se sont produits dans notre département et il ne fait pas plus chaud qu’il y a six ans. Je vous rappelle brièvement que depuis l’élaboration du projet “Sauvegarde De La Planète*”, mis en place par les plus grands chercheurs, techniciens et ingénieurs scientifiques, et climatologues mondiaux, la température de la Terre a diminué de 5° Celsius. Il s’agit du sixième brasier en moins de quinze jours. Madame Justine Philibert, Substitut du procureur de Saint-Denis de la Réunion, s’est gardée de prononcer tout commentaire, dès le moment où elle a ouvert une information judiciaire, pour obtenir plus de précision, dès le premier incendie. Il semblerait, dans un premier temps, qu’elle ait confié cette affaire à Monsieur François Minatchy, juge d’instruction au pôle de la criminelle de notre ville également, qui avait tout de suite ordonné une enquête de flagrance. Entre temps, vu l’ampleur et l’évolution de ces évènements, le Ministère de la Justice et celui de l’Intérieur ont pris ce dossier en charge. Le déclenchement du plan Orsec zonal, par le Préfet de zone a été promulgué, récemment. De ce fait, le statut et les effectifs du COD, le Centre Opérationnel Départemental, ont été modifiés. La Préfecture dispose à présent d’un COZ, un Centre Opérationnel Zonal, efficace. Les renforts qui étaient attendus de la métropole de la brigade anti-criminalité du quai des Orfèvres à Paris et de la police scientifique et technique de Toulouse sont localement actifs, depuis trois semaines. Le mois dernier, nous avons comptabilisé quatre délits criminels d'une ampleur moins grave et conséquente. On ne peut pas en dire autant de ce qui se passe actuellement. Nous avons, en quelques jours à peine, dépasser largement ce record. Va-t-il continuer à cette allure ? Je n’ai malheureusement pas d’autres nouvelles à vous communiquer pour l’instant, néanmoins restez avec nous pour suivre les rebondissements de cette affaire qui peuvent survenir à tout moment de cette fin d’après-midi. »
Aussitôt, le générique musical de la page spéciale clôtura son commentaire.
- « Tu entends ça Sami, encore des magasins qui brûlent, c’est totalement flippant cette affaire, informai-je d’un ton retentissant.
- Vaguement, il aurait fallu que la porte de la salle de bains soit ouverte et le son de la radio un peu plus fort, pour couvrir celui des clapotis de l’eau, avisa celui-ci d’une voix tonitruante.
- Est-ce un hasard ? Ce sont les deux derniers où nous avons fait nos achats tout à l’heure ! Pressentis-je bizarrement.
- C’est effectivement étrange, mais pour tout t’avouer, je l’ignore, répondit-il, après avoir entrebâillé la porte.
- Enfin ! Ce qui est sûr, c’est cette chance que nous ayons quitté les lieux, avant ces incendies ! Considérai-je d’une inflexion rassurée.
- Tu vois, j’avais raison à propos de cette odeur de fumée suspecte, observa mon fils. J’espère qu’il n’y a pas de blessés.
- Saint-Denis est en feu, interféra soudainement le chroniqueur, avant la fin de la mélodie, attirant ainsi à nouveau mon attention. C’est sûrement l’œuvre d’un pyromane récidiviste, rajouta-t-il d’un ton bouleversé. Ou d’un mouvement indépendantiste ou pire encore, comme… des actions qui seraient revendiquées par les mouvements des extrémistes orientaux bien connus de la DCIR, la SDAT, la DSGE, la DRM qui, vous le savez, sont nos instances judiciaires régionales, territoriales, étrangères et militaires en Métropole ! Énuméra-t-il dans son affolement. Toutefois, ne dramatisons pas la situation, malgré les rumeurs et attendons la fin de l’enquête. Merci d’avoir été avec nous, je vous retrouve dans quelques minutes, pour vous communiquer les chiffres du Groupe International et Universel d’Experts sur l’évolution du Climat*, le GIUEC*. Ceux-ci nous proviennent directement des techniciens scientifiques et climatologiques de la SDLP*, depuis leur immense station orbitale nord de notre atmosphère, nos splendides satellites planétaires où se situent nos grandes villes de l’espace, lesquelles seront le sujet d'un grand reportage ce soir, sur notre chaîne télévisée. »
Et il passa une plage de musique, le temps de se recadrer dans le contexte de son professionnalisme.
- « Tu m’as entendu man ? S’inquiéta Sami.
- Oui mon ange, par contre, je ne pourrais pas te répondre, le journaliste n’a mentionné aucun détail en matière de blessés ou de morts, indiquai-je tardivement d’une inflexion attentionnée. Nous en serons peut-être plus au 20 heures. Mais rassure-toi, je reconnais que tu as un excellent odorat. »
Le rangement terminé, je me rendis à la cuisine, pour sortir du congélateur deux steaks de bœuf que j’avais acheté chez mon boucher, un indo-musulman très serviable qui garantissait la qualité de la viande hallal, provenant de leur abattoir familial. Cette denrée alimentaire se faisait rare et coûteuse en ces temps de misère et de famine mondiale, nous la mangions qu’à l’occasion d’un jour de fête et grâce aux remises que nous accordaient les fournisseurs de mon patron. Et cette journée était un évènement mémorable, dans la vie de mon petit Sami. Tel un master-chef, je nous concoctai un savoureux plat gastronomique, présenté avec un design de maître. Je m’apprêtais à dresser une ravissante table, au moment où la sonnerie de la porte retentit. « Tiens ! Qui peut bien me rendre visite à cette heure nocturne de cette journée ! Pensai-je en jetant un œil sur mon horloge. »
19 heures, j’enlevai mon tablier et l’accrochai sur la poignée de la porte de mon sous-évier. D’un pas précipité, dans mes chaussons de paille rose, je me dirigeai vers l’entrée, les sourcils froncés d’étonnement
- « Qui est-ce ? Recherchai-je le nez contre la porte et les prunelles dans l’axe du judas.
- Officiers Salomon et Du Vern de la police judiciaire, déclinèrent les deux hommes en civil. Ouvrez ! »
Nous vivions à une époque où la méfiance régnait à l’apogée de son existence. Assumant mes responsabilités de mère célibataire, dans un modeste logement de soixante mètres carrés, j’hésitai longuement à ouvrir la porte, en observant soigneusement ces deux individus. Une sueur d’angoisse et de chaleur perlait sur mon front. L’un des deux, d’une corpulence disgracieuse, était très existé et hargneux, sur le palier. L’autre, d’une maigreur morbide, adoptait une attitude calme et observait le moindre mouvement autour de lui. Brutalement, le plus enveloppé se mit à presser la sonnette, à s’acharner sur la porte à coup de poing et à hurler avec autorité :
- « Ouvrez ! Ouvrez cette porte, Mademoiselle où nous serions obligés de l’enfoncer sans retenues, nous sommes dans nos droits ! »
Debout dans le vestibule, le carillonnement me transperçait les tympans ; mais le verrou resta fermé. Des flots d'effroi continuaient à ruisseler sur mon front. Pourtant leur visage me semblait familier. Cette familiarité prenait des allures cauchemardesques, dans mes pensées, car je ne parvenais pas à déterminer la conjoncture dans laquelle j’avais pu les apercevoir ou les rencontrer. « Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je dois faire ? Songeai-je les yeux ouverts de panique. » Au bout de cinq minutes, je cédai à leur sommation, en ayant toutefois, mis au point une technique d’autoprotection. Je poussai la poignée, tira la porte et fis face à ces probables imposteurs de certaines nuits sanglantes. Une colère furibonde marquait leur figure.
- « Que faisiez-vous tout ce temps ! Tempêta férocement le plus gradé des deux qui présentait une obésité disgracieuse et un regard acrimonieux. Ne connaissez-vous pas vos obligations de répondre à un commandement judiciaire dans l’immédiat ? Savez-vous au moins lire sur un badge de fonctionnaire ? »
Ils m’exhibèrent leur carte de police que je saisis promptement d’une main et refermai violemment la porte de l’autre. Avant la réouverture de celle-ci, je contrôlai méticuleusement l’authenticité de leur emblème, ainsi que la véracité de leur identité et de leur grade. Elles me semblaient provenir d’une source légale. « Si je refuse de coopérer, ils m’imposeront immédiatement un contrôle des informations personnelles que contient ma puce*, songeai-je d’emblée, dans la crainte. » Il me parut alors primordial de leur dire la vérité, au sujet de leur requête dont j’ignorai encore le contenu et l’ampleur, afin qu’il ne découvrît pas l’existence illégale de Sami. Celui-ci ne figurait pas dans le fichier de ma puce*, car il n’était pas censé exister. Le grand squelettique était l'officier Salomon, un rouquin vêtu d’une tenue civile de mauvais goût, du genre costume kaki largement trop court des manches et des bas qui dénudaient ses poignées et ses chevilles, et qui accentuaient sa maigreur insignifiante. Par contre, il esquissait une physionomie de stars de la beauté, derrière sa moue repoussante. Sa stature atteignait pratiquement la hauteur de ma porte. À côté de son collègue, l'officier Du Vern, le contraste était gigantesque. Corpulent et trapu, celui-ci portait un costume gris trop ajusté au niveau du ventre. Du haut de sa chevelure noire dégarnie jusqu’au menton, sa figure très antipathique me rappelait celle d’un des personnages de mes cauchemars. Dès que je les confrontais de nouveau, il me fustigea en gesticulant agressivement et en m’accablant de reproches.
- « Vous avez de la chance Mademoiselle à une minute prés, vous n’auriez plus que des débris de porte, dans votre entrée. Malgré son blindage, je ne l’aurais pas pariée cher, à votre place, sur mon incapacité à la faire voler en éclat. De plus, envers la loi, vous êtes en situation de fugitive. Comment se fait-il que nous ne puissions pas vous localiser ? Vous avez trafiqué votre puce* ou quoi ?
- Absolument pas Monsieur l'Officier, vous êtes les seuls habilités pour savoir si elle fonctionne ou pas et pour découvrir les raisons ou causes de sa panne ! Rétorquai-je d’un air indigné par cette accusation, mais d’un sentiment confiant.
- Alors, vous allez devoir rapidement nous prouver votre bonne foi, permettez-moi d’en douter, après votre hésitation à nous recevoir. Vous allez prendre rendez-vous avec Monsieur Payet, le chirurgien agrégé par la section criminelle du commissariat central, pour remplacer votre puce* défectueuse. Voilà ses coordonnées ! S’écria-t-il en me tendant une carte de visite de ce spécialiste. Vous avez un délai de quinze jours pour agir, avant notre prochain contrôle. Vous encourrez une amende de mille euros et écoperez d’un mois de prison ferme, si vous n’avez pas agi à cette échéance.
- Écoutez, je suis sincèrement désolée et extrêmement confuse, m’excusai-je d’un ton diplomate, en la prenant et en la glissant dans ma poche. Veuillez vous donner la peine de gagner mon salon, invitai-je pour apaiser leur irritation. »
L'officier Salomon semblait contrarié de l’attitude de son partenaire. Il entra le premier et s’y dirigea, suivi de ce dernier. Je refermai la porte et clôtura leur marche. Pendant que je discutais avec son collègue, au sujet de la chirurgie de la section criminelle, il déambula dans la pièce, les bras croisés dans son dos et le front plissé à chaque intonation accentuée de la conversation. Mais très vite, je ressentis son côté narquois et pervers. D’un rictus machiavélique, il fit résonner sa voix flegmatique et lente, pour interrompre notre conversation.
- « Venons-en au mobile de notre visite. Pour aujourd’hui, vous n’avez rien à craindre, nous avons juste une question à vous poser.
- Et à quel sujet ? Revendiquai-je dans un mimétisme absolu. »
Dans la foulée et sans tenir compte de mon intervention, il m’interrogea d’une intonation analogue à la précédente.
- « Où étiez-vous cet après-midi entre 15 h 15 et 16 h ?
- En ville, éclairai-je, je faisais des achats en compagnie de mon fils. »
Sami qui venait de fermer la robinetterie de la douche entendit nos débats. Il s’enroula dans une serviette et s’immobilisa, silencieusement, à l’intérieur de la salle de bains. Par prudence, je lui avais inculqué de ne jamais se montrer en présence d’un inconnu, tant que je ne lui en donnais pas l’autorisation.
- « Avec votre fils, observa l'officier d’un ton désintéressé. Vous avez donc un fils. Et où est-il à présent ?
- Oh, sous la douche, indiquai-je d’un air embarrassé.
- Vous avez entendu parler des incendies de ces derniers jours, présuma-t-il d’une tonalité imposante.
- Oui, j’en suis informée, d’ailleurs, les plus récents ont été diffusés, dans la minute avant votre arrivée, déposai-je d’une voix teintée de sincérité. Et j’ajouterai même que nous étions sur ces lieux, avant les incendies, cet après-midi, mais nous n’en sommes pas les auteurs.
- Merci de votre honnêteté, quoique, elle n’est pas nécessaire. Il se trouve que les caméras de surveillance de deux magasins sur six vous ont filmé sur ces lieux, vous et ce jeune homme que vous identifiez comme étant votre fils, bien sûr. « En douterait-il ? Pensai-je dans l’effroi. » Vous êtes nos premiers témoins officiels, précisa l'officier Salomon. Tenez ! C’est une convocation pour une déposition, demain au central de la rue Malartic, à 14 heures avec l'officier Hoareau de la police judiciaire de Saint-Denis. »
J’avalai avec difficulté ma salive qui remontait, excessivement, sous l’effet d’un énorme stress. Puis, poliment et en cachant mon angoisse, je leur confirmai d’une voix feutrée et d’un sourire contrôlé :
- « Bien entendu Messieurs, j’y serais. »
Du Vern qui se tenait dans un pesant mutisme, depuis plus de cinq minutes s’était rapproché de la table de ma salle à manger et scrutait, sans scrupule, tous mes papiers administratifs, mes courriers du jour et notamment, cette enveloppe mystérieuse dont j’ignorai toujours l’expéditeur, le ou les destinataires et le contenu. Dans la seconde où je m’en aperçus, mon regard désapprobateur l’en éloigna. Je les raccompagnai à la porte et la refermai à double tour après leur départ. Subitement, prise de doute et de frayeur, l’idée de consulter le NET sur cette affaire me traversa l’esprit. Je me précipitai sur mon PC, pour éplucher les archives des journaux. Désappointée, je ne pus consentir le côté suspect de notre présence sur les lieux. « Mais en quoi Sami et moi sommes-nous concernés ? Rêvassai-je l’estomac noué et rempli d’aigreurs d’anxiétés. » Brusquement, sans raison apparente, une culpabilité m’envahit. Mon p'tit loup enfila son beau pyjama en coton beige, décoré de letchis d’un rouge flamboyant, avant de quitter sa cachette. À mon insu, il se tint dans mon dos, pour observer mes activités et gestes. Au bout d’à peine trois minutes, mes émotions le contaminèrent.
- « Qu’est-ce qu’il se passe mam ? S’inquiéta-t-il d’une inflexion empreinte de frayeur, tu es toute blanche comme si que tu avais vu un fantôme et tu transpires encore plus que d’habitude.
- Je ne sais pas mon cœur, satisfis-je, je suis convoquée demain au commissariat central, pour témoigner de notre présence, sur les lieux de chaque incendie. Tu ne caches pas des boîtes d’allumettes ou un briquet dans tes poches j’ose espérer !
- Oh non mam ! Jamais ! Réfuta-t-il les mirettes ouvertes d’étonnement. Me soupçonnerais-tu ?
- En aucune façon, je tiens tout simplement, par des arguments solides, à nous mettre à l’abri de toute inculpation qui serait issue d’une erreur judiciaire, liée à une probable mauvaise interprétation de ma future déposition, de prime abord par le fait que je ne fume pas et que je n’ai ni briquet, ni allumettes, ni à la maison, ni dans mes affaires personnelles. J'ignore pourquoi, mais ces deux officiers ne m'inspirent guère confiance.
- Et moi, suis-je convoqué aussi ? Questionna-t-il les sourcils plissés d’inquiétude.
- Attends, je consulte mon assignation avant de te répondre et de te sortir une bêtise, stipulai-je… il me semble que non… il n’y a rien qui le formule officiellement, rassurai-je à la fin du document.
- Je t’accompagnerai demain ? Interrogea-t-il le visage illuminé de désirs.
- Non mon chaton, tu iras chez Manou en attendant ma déposition, je ne pourrais pas t’emmener, c’est trop risqué, avertis-je en glissant mes doigts dans ses cheveux soyeux, pour adoucir sa peine relative à ma désapprobation. Je viendrais te chercher dès qu’elle sera finie.
- Maman, tu as omis de leur demander, si ces deux incendies ont provoqué des victimes, rappela-t-il d’une voix anxieuse.
- C’est vrai, j’ai laissé ma peur dominer sur la situation, mais l’effet de surprise de leur investigation m’a tétanisée, justifiai-je d’un air désabusé. Les journaux de 20 heures nous apporteront des précisions à propos des conséquences de ces incendies, il n’y a pas de quoi s’en inquiéter dans l’immédiat. Mine de rien, il est déjà 19 h. C'est bien triste toutes ces nouvelles, mais je commence à avoir un petit creux et toi ?
- Un énorme, ça sent bon en plus ! Je vais mettre la table ! S’enthousiasma Sami d’une voix dynamique, en se dirigeant vers la cuisine.
- Excellente idée mon ange, complimentai-je le regard rivé, sur sa trajectoire et d’un air satisfait. »
Toutefois, cette joie n’était qu’une apparence de mes émotions intérieures, car à cet instant, la pensée de faire face au tendre chevalier qui fait battre mon cœur m’amena à réfléchir deux minutes, sur un dilemme déstabilisant. « Dois-je l’avertir de ces incidents ou pas ? ... Logiquement, je devrai le faire… Mais… je crois que je vais laisser passer quelques jours… Mais… s’il l’apprend par quelqu’un d’autre, comment va-t-il réagir… oh non, il vaut mieux que je le fasse…. » Finalement, malgré mes craintes, je repoussai ma réflexion à une échéance ultérieure, afin d’observer la tournure des évènements des jours à venir et la prendre en considération, dans ma décision définitive. Sereinement, je repris le cours de ma vie, en observant l’adresse et l’art de mon fils à décorer une table. Soudain, je fus emportée par une impétueuse suspicion du ressort de cette convocation. « Qu’est-ce que ça signifie tout ça ? Pourquoi me convoque-t-on pour une déposition, un dimanche, cette affaire aurait pu attendre lundi ? Et pourquoi au commissariat central, alors qu’il y en a un à cent mètres d’ici ? Mon tendre Loïc aurait pu certainement me fournir des explications à ce sujet, mais… » Et je repartais sur une hésitation à me confier à l’homme de ma vie. L’ampleur de mon tourment provoqua une sensation de précipitation du temps. Ce qui me convenait humblement, car je souhaitais clore cette affaire, le plus rapidement possible. Sami m’en délivra par l’odeur alléchante des plats qu’ils déposaient sur la table de la salle à manger. Nous dinâmes dans le mutisme, puis, mon fils me tendit l’enveloppe qu’il avait glissée dans sa poche, lorsqu'il avait débarrassé la table de ce qui l’encombrait, avant de l’habiller d’une étoffe de lin et de beaux couverts assortis. Le cachet de la poste indiquait sa provenance.
- « Alors ? Qu’est-ce qu’elle nous révèle ? S’enquit celui-ci les yeux pétillant de curiosité et d’impatience.
- Elle vient du Finistère, informai-je, de Brest, plus précisément, elle nous est bien adressée, par contre, elle ne mentionne aucune identité de l’auteur.
- Pourquoi n’était-elle pas dans notre boîte aux lettres avec les autres courriers ? Suspecta-t-il les yeux plissés.
- Un de nos voisins l’a peut-être reçue par erreur et l’a glissée sous notre porte, pendant notre absence, énonçai-je, c’est du moins ce qui me parait le plus probable. Voyons voir ce qu’elle nous réserve, fis-je en la décachetant. »
Une lettre soigneusement pliée s’y trouvait. Je la sortis de l’enveloppe, la dépliai avec délicatesse et découvrit, le regard allumé de stupéfaction, une petite plaque noire.
- Qu’est-ce que c’est ? Chercha Sami en se hissant au dessus de mes mains, pour améliorer sa visibilité.
- Je l’ignore, avisai-je en la prenant méticuleusement, pour ressentir sa matière entre mes doigts. On aurait dit une pierre, oui, de la pierre taillée, genre silex ou autre, mais absolument pas de la roche volcanique d’ici, ni un minéral, ni une pierre précieuse.
- Tu ne peux pas être un peu plus précis ? Réclama mon fils.
- Tu sais, j’ai été une fine collectionneuse de minéraux et de pierres plus ou moins originales dans ma jeunesse, or là, franchement, je ne peux pas me prononcer sur la véritable nature, ni sur l'origine de celle-ci.
- Donne-la-moi ! Réclama mon p'tit prodige. »
Sans hésiter, je la lui remis.
- « Effectivement, rien quand la touchant, elle ressemble à une pierre, confirma-t-il d’un air concentré. Hum !!! Elle est épaufrée… de 6 mm d’épaisseur… d’un gris tirant sur le bleu… je dirais que c’est une roche métamorphique de la famille des schistes, pour être plus clair, c’est de l’ardoise. C’est une variété de roche qu’on retrouve en Bretagne. Sous sa forme taillée, elle recouvre la quasi-totalité des maisons. Je l’ai vue dans une émission à la télé.
- Une ardoise ! Découvris-je le visage marqué par la surprise. Mais qui nous l’a envoyée et dans quel intérêt ? M’inquiétai-je. Il n’y a aucune inscription sur la lettre.
- Peut-être mamie, suspecta mon p'tit loup d’un air convaincu, pas Manou, bien évidemment, ma véritable mamie.
- Non, je ne pense pas, réfutai-je, elle ne vit pas à Brest et elle aurait au moins signé le courrier, sans négliger le fait qu’elle ne nous a pas donné de nouvelles, depuis un moment déjà et...
- Man ! Interrompit mon bambin, des lettres y sont gravées.
- Tu en es sûr, doutai-je les yeux plissés, en me rapprochant de ce millefeuille naturel.
- Oui, regarde !
- Oracum Heros Y, lus-je. Qu’est-ce que ça signifie ?
- Et bien là, tu me poses une colle, avoua Sami d’un air déçu, je l’ignore totalement.
- C’est peut-être du latin, il faudrait le taper dans un des moteurs de recherche du Web ou sur une page traductrice, mais… nous le rechercherons plus tard, parce que demain, une rude journée m’attend, suggérai-je d’un air soucieux.
- Tu as raison, il faut te présenter au commissariat et répondre de notre présence sur les lieux des incendies, avec un esprit sain dans un corps sain, adhéra-t-il d’une inflexion consciencieuse. Prend ta douche, moi, je débarrasserai la table, proposa-t-il d'un ton attentionné.
- Merci mon ange, tu es à croquer, gratifiai-je en le serrant contre moi. »
Rassérénée, je me rendis dans la salle de bain et profitai de cette eau fraîche des sources de nos belles ravines affluentes, durant dix minutes. Puis, épuisée par les évènements qui s’étaient déroulés au court de la journée, je m’endormis devant le poste de télévision, juste avant les informations télévisées. Comme à l’accoutumée, Sami se trouvait dans sa chambre et entretenait ses plantes, avant de se coucher. 



Le 6 décembre 2012 à 20:38 par cafrine29

cafrine29

Citer message N°8503 bonjour, je suis auteur de la collection à vos rêves


Le 6 décembre 2012 à 20:17 par cafrine29


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