Bonjour, j’ai besoin de vider mon sac et de savoir si je suis la seule à me sentir à bout. Mon mari et moi, on s’est engagé comme famille d’accueil, avec l’idée d’aider des enfants quand leur situation est vraiment compliquée. Jusqu’ici, ça s’était plutôt bien passé. L’année dernière, nous avons accueilli deux petites filles, et tout s’est déroulé sans trop de heurts: au bout de trois mois, elles sont retournées chez leurs parents, et on a pu souffler.
Puis, en mars, les services de l’ASE nous ont contactés pour un nouvel accueil. Cette fois, il s’agissait de deux frères, âgés de 3 et 6 ans, dont la mère a une dépendance aux drogues et doit suivre une prise en charge en centre de soins. On s’est dit que ça pouvait être une période difficile, mais qu’on pouvait tenir, surtout en se disant qu’ils reviendraient vers leur famille assez vite.
C’est là que tout a basculé. Les garçons ne supportent aucune règle: quand on va faire les courses, ils volent en magasin. Quand on est invités chez des amis, ils repartent avec des jouets sans demander. À la maison, ils frappent d’autres enfants, cassent des meubles, et ils ne s’arrêtent pas. Mon mari et moi avons aussi un petit garçon à la maison, il a 2 ans et demi, et on voit qu’il est la cible: les crises s’enchaînent, il y a des coups, il est ensuite difficile de calmer tout le monde.
Il y a un point qui me hante: le plus petit, qui a environ 4 ans et demi, porte encore une couche. Quand je dois le changer, il me donne des coups si forts que j’ai fini par avoir peur de blessures internes, et je n’arrive plus à gérer la situation sereinement. Le sommeil est aussi catastrophique: ils se réveillent la nuit, circulent dans la maison, renversent et fabriquent des dégâts. Le soir, on arrive à retrouver un semblant de calme vers 22 heures, puis ils se mettent de nouveau debout vers 5 heures.
J’avance à peine. J’ai fini par dire que je ne peux plus les garder. Je voulais aider, mais je n’imaginais pas me retrouver aussi loin de mes limites. Avec les deux filles, ce contraste était frappant: elles étaient calmes, respectaient le cadre, et c’était vraiment différent.
Mon mari, lui, ne voit pas les mêmes choses au quotidien: il travaille à temps plein et, selon lui, on s’est engagé, donc il faut aller jusqu’au bout. Récemment, on nous a aussi demandé d’envisager de prolonger l’accueil jusqu’en mars prochain, alors qu’au départ on nous parlait plutôt d’une durée maximale d’environ six mois. Là, j’ai l’impression que notre vie de couple s’effondre, et que je souffre de plus en plus, physiquement et moralement.
Alors je me pose des questions très simples: est-ce que le bien-être de notre famille n’a pas aussi sa place? Ai-je le droit de dire stop quand je suis au bout? Est-ce que je suis égoïste ou juste incapable? Et si je continue, est-ce que je ne vais pas finir par me mettre en danger et mettre les autres en difficulté?
Mon mari a fait une démarche auprès des services de l’ASE pour la suite, et moi, j’ai surtout envie de disparaître de la journée suivante. Je remercie celles et ceux qui prendront le temps de me répondre, avec respect.
C’est justement pour ça qu’à l’époque, une fois le cycle terminé, on a revu notre position pour l’accueil familial. Avec les filles, tu as eu un peu de chance, parce que la réalité c’est que ce sont souvent des enfants très marqués, qui débordent complètement. Franchement, tu pensais quoi exactement en te lançant, à quoi vous alliez être confrontés? Si vous abandonnez maintenant, c’est regrettable, mais ce n’est plus grand-chose à faire. Je ne vois pas l’intérêt de continuer l’accueil si, au fond, tu n’es prêt qu’à prendre des cas faciles.
Je n’attends pas des enfants faciles. Ces deux petites n’étaient pas simples non plus. L’une avait trois ans, l’autre cinq, et la plus jeune, par exemple, pendant les deux premières semaines, elle ne disait pas un mot. Elle refusait de manger et faisait des crises de panique sous la douche. Avec beaucoup de patience et de présence, on s’en est sorti petit à petit, elle a fini par parler, se laisser baigner et jouer avec nous. Elle s’est vraiment sentie en confiance. Mais là, en ce moment, c’est trop compliqué. Le sommeil, l’agressivité, le vol, et en plus je suis seule avec trois enfants toute la journée. On avait toujours dit qu’on ne ferait qu’un enfant. Ensuite, il y a eu ces deux petites filles qu’on ne devait pas séparer parce que la plus jeune était très attachée à sa sœur. On a accepté, d’accord. Mais reprendre deux enfants, et en plus avec un niveau de difficulté aussi élevé, c’est clairement trop pour nous.
Dans la formation destinée aux mères d’accueil, c’était dit clairement. Aucun des enfants placés n’est à un rythme de développement normal, et beaucoup ont vécu des choses traumatisantes. En pratique, on attribue le plus souvent des enfants à une mère d’accueil qui ne travaille pas, parce que sinon ce ne serait pas tenable. La plupart ont besoin d’un accompagnement psychologique et de suivis du type ergothérapie, orthophonie, etc. Et on ne sait pas non plus comment cette situation compliquée, surtout quand il s’agit d’un accueil en urgence, retentit sur les enfants biologiques. Au final, c’est surtout moins cher pour la structure, et dans un foyer d’accueil provisoire, un enfant coûte bien beaucoup plus.
Désolé, je voulais dire que les deux ont 4 et 6 ans, pas 3 et 6.
Tu l’as toi-même compris: tu n’es pas prête pour ce genre de jeunes. Il existe d’autres places d’accueil où ils seront mieux à leur place. Ne te mets pas dans une situation qui fragilise ta famille: elle doit passer avant tout. Ton mari ne doit pas minimiser ce que tu vis au quotidien. Tu peux aussi contacter l’ASE et faire évoluer la décision, même après. Lors d’un échange, tu peux expliquer clairement pourquoi. Même si c’est dur, tout ne se sauve pas forcément à la main, surtout quand il s’agit d’enfants.
Oui, ce sont seulement nos deuxièmes enfants accueillis, et comme ça s’était très bien passé avec les filles, je me suis dit qu’on allait faire ça correctement. J’étais vraiment motivée. Mais là, c’est une autre situation, franchement plus difficile, et je me sens dépassée. Surtout parce que notre enfant est encore plus petit que les deux, et qu’il en subit aussi les conséquences au quotidien. Pourtant j’ai l’impression d’être une vraie incompétente, comme si j’étais nulle parce que j’ai envie d’abandonner. Si mon mari pouvait me soutenir en me disant que nous avons atteint nos limites, ce serait plus facile pour moi.
Fais une liste claire des problèmes. Ensuite, prends contact avec les services de l’ASE et explique la situation. Ils peuvent aussi orienter et mettre en place une aide à domicile dans des familles avec des enfants, même quand la situation est compliquée, donc ça vaut vraiment le coup de demander du soutien. L’idéal serait qu’une personne se déplace pour observer le quotidien et, en plus, qu’elle ait déjà une expérience en accompagnement éducatif et en suivi au quotidien. Là, les enfants ne vont pas bien, et toi non plus. Ça ne peut pas rester comme ça. Sinon, je dirais à ton mari, sans détour, que tu veux une pause dès le week-end avec l’enfant, et qu’il doit s’occuper des enfants à ta place. Je parie qu’après ça, il verrait les choses autrement.
On l’a déjà signalé aux services de l’ASE, et on nous a répondu qu’ils connaissaient déjà la situation. Ce n’est pas non plus la première fois qu’ils entendent ce genre de choses, puisque les garçons avaient déjà vécu dans une autre famille avant. Du coup, mon mari ne veut pas les redonner à nouveau, sinon ils risqueraient de penser que personne ne veut les prendre en charge. Le petit me fait aussi de la peine, parce qu’il n’y est pour rien dans la façon dont il réagit, mais mon mari se ferme, en mode il faut encaisser maintenant, car on l’a choisi. En théorie, il faudrait que je parte avec notre enfant un moment, histoire de respirer, mais je n’ai pas eu le courage jusqu’ici de le faire, en laissant les deux garçons seuls avec lui.
Pour le moment, je n’ai pas eu assez de courage pour les laisser tous les deux seuls. Pourquoi? Si ça continue comme ça, personne ne sera vraiment aidé.
Je pense que des professionnels doivent s’en charger. Ces deux garçons sont probablement mieux dans un cadre encadré, comme un placement. À mon avis, une seule personne ne suffit pas, surtout si les enfants ont déjà été aussi traumatisés. En tant que mère, tu dois aussi gérer ton propre enfant, donc tu ne peux pas tout porter. Du coup, je trouve que ton mari devrait revoir sa façon de penser. Ce n’est pas bon pour eux de continuer ainsi. D’après moi, ces deux garçons ont besoin de règles très claires, avec des conséquences à la hauteur, et le faire seul finit par casser la personne qui s’y met. Il est aussi possible qu’une partie des problèmes soit déjà trop avancée et qu’on ne puisse plus vraiment “rattraper” grand-chose. Je dis ça parce que je connais quelqu’un qui a grandi en institution, et aujourd’hui la situation est très compliquée. Même si c’est dur à entendre, quand trop de choses ont déraillé, c’est forcément lourd pour une famille normale.
Je le vois aussi comme ça maintenant. En fait, on n’y connaît pas grand-chose, ce sont juste des gens qui ont été formés. On a eu des sessions, mais quand même je me sens vite démunie face à ces garçons. Je les plains vraiment, en pensant à la façon dont ils ont dû vivre avant. Pourtant, depuis mars, je n’arrive pas à mettre les choses en place. Ils sont parfois très autonomes: ils se lèvent seuls vers cinq heures, parce que je suis trop fatiguée pour bondir du lit tout de suite. Ils prennent leur petit-déjeuner, allument la télé, mangent, puis s’habillent. Sur ce point, ça va. Pour le reste, c’est plus compliqué. Je ne suis même pas sûre qu’on puisse vraiment les aider. Mon mari dit qu’ils ont surtout besoin de beaucoup d’attention et de patience. Mais dans une structure collective, ils ne peuvent pas avoir ça autant, parce qu’il y a plusieurs enfants. Et moi aussi, je sens que je perds patience. Ce serait forcément mauvais si je me mets à crier ici et à ne faire que réprimander.
Je comprends, mais ton mari n’a pas vraiment l’air de mesurer. Il parle de patience, mais sans prendre sa part. En gros, il balance ce genre de phrases sans se rendre compte de ce que ça demande au quotidien. Franchement, il devrait prendre quelques jours de congé et te soulager vraiment, pas juste une fois, mais sur plusieurs journées, en s’occupant des trois enfants lui-même. Comme toi tu dois le faire tous les jours. Après ça, il dirait moins facilement qu’il faut simplement être patient.
Juste pour comprendre, les deux ne vont pas à l’école maternelle tous les jours? Je connais mal les familles d’accueil.
Oui, ils vont tous les deux à l’école maternelle jusqu’à 14 heures. En septembre, le plus grand sera scolarisé chez nous. Le problème, c’est que de 14 heures à 22 heures il y a un long moment de calme, et c’est beaucoup de temps pour faire des bêtises. Avant, il y avait encore des soucis aux repas, ils ne tiennent pas assis, ils se mettent à courir partout, et mon fils aussi n’arrive pas à rester calme. Résultat, j’ai trois enfants surexcités qui sautent dans la maison. C’est compliqué d’apprendre des règles à mon fils quand les autres ne les respectent pas.
Bonjour, je pense que ce n’est pas si simple… Franchement, je trouve que votre enfant biologique est encore trop jeune pour se lancer dans une famille d’accueil d’urgence. Et d’après ce que vous décrivez, il est possible que les enfants restent longtemps. Est-ce qu’on sait si la mère arrivera à tenir sur la durée? De mon côté, je pense que les enfants devraient pouvoir grandir dans une famille qui est prête à les accueillir durablement. Vous avez déjà discuté de tout ça? Ce n’est pas honteux d’arrêter, avec du courage… Bon courage à vous.
Bonjour, je te lis et j’ai l’impression que tu es arrivée à bout depuis un moment. Ces deux garçons vous dépassent, et je pense que tu es à un stade où tu ne peux plus continuer comme avant. Il faut que tu te le dises clairement: stop, jusqu’ici, et pas plus. À mon avis, il manque du soutien, surtout de la part du père, et aussi celui des services de l’ASE. D’ailleurs, ces enfants ont déjà vécu ailleurs, et le risque est qu’on retrouve les mêmes difficultés. Je me dis que, chez nous, on les placerait séparément dans deux familles d’accueil, pour que chacun ait un cadre stable. Les formations apprennent surtout la théorie, on ne voit la réalité que quand on s’occupe des enfants. Si tu poses le fait que ce n’est plus possible, cela ne fait pas de toi une mauvaise famille d’accueil. Pour moi, une bonne famille sait aussi reconnaître ses limites et mettre fin à la relation quand c’est nécessaire. Les autres jugeront sans savoir, mais il vaut mieux ne pas se laisser impressionner. Courage.
Chapeau à vous pour le courage de vouloir aider des enfants qui traversent des situations vraiment compliquées, et pour l’idée de leur offrir un vrai foyer. Ce projet me paraît très admirable. En revanche, vos propos à vous et ceux de votre mari sonnent un peu trop naïfs, comme si tout se réglerait “à la volonté”. Peut-être que c’est aussi très romantique, au sens où l’espoir tient plus de la vision que de la réalité du quotidien. Ce qui m’étonne aussi, c’est que vous soyez si peu accompagnés par les services de l’aide sociale. Franchement, ça paraît incompréhensible. En général, il y a des rencontres prévues, souvent chaque semaine ou au moins chaque mois, pour aider et soutenir les familles qui accueillent. Chez vous, ce n’est pas le cas? (Bon, au fond, ce point n’est pas le plus urgent.) Vous n’êtes ni faible ni égoïste. Vous êtes simplement dépassée, submergée par les soucis des enfants, et ça arrive. Il n’y a aucune honte à ressentir ça. Comme on l’a déjà dit, il faut des professionnels qui travaillent avec les enfants. Avant que la suite soit décidée, et avant de préparer davantage l’école, prenez contact avec ces services. Mettez les choses clairement à la fois avec votre mari et avec eux. Pour vos deux garçons aussi, plus d’aide serait mieux. Je comprends le poids que vous portez, y compris ce que votre mari imagine. L’amour et l’attachement ne suffisent pas toujours, malheureusement. Je vous souhaite à tous, à vous et à votre famille, beaucoup de courage, et je croise très fort les doigts pour la suite.
Comment votre mari peut dire oui, si vous portez l’essentiel? On y croit, ou quoi?
Oui, si ça vaut vraiment le coup que la femme finisse épuisée. Lui est tranquille, de son côté.
Génial… non, t’es pas égoïste. Si tu trembles juste pour un change, et que votre couple s’effondre, le “contrat” il tient pas face au danger. Là c’est askip un signal d’alarme: stop si tu peux pas assurer, t’es fatiguée, oklm.