Bonjour, je vis en France et j’ai rencontré un homme il y a environ deux ans. On s’entend vraiment très bien, on a la même façon de voir les choses, et la complicité est là aussi au quotidien. On se comprend super sur le plan intime, et avec son fils, ça se passe très naturellement. Lui a 39 ans, moi 41.
Le point sensible, c’est qu’il a perdu sa femme il y a environ quatre ans, et très jeune, à cause d’un cancer. Il va encore régulièrement au cimetière une fois par semaine. Il en parle aussi, parfois avec beaucoup d’émotion, et je peux entendre ça. Ce qui me blesse, c’est la manière dont il l’idéalise. Il parle d’elle avec une tendresse constante, comme si elle restait la référence principale.
Il me demande de venir vivre chez lui. Le hic, c’est que la maison est restée comme avant: son mobilier, et surtout ses photos partout. On voit encore des photos de leur mariage et des images où ils ont l’air très heureux. Quand je pense au fait de m’installer, je me sens envahie, comme si je ne serais jamais « la priorité ».
Je n’ose pas lui demander de retirer au moins une partie des photos. Est-ce que je suis en train de faire une fixation inutile? Est-ce que vous pensez qu’il faut que je lui dise les choses clairement, ou que c’est trop tôt après son deuil?
Je comprends vos deux points de vue… et je dirais que vous êtes gênée exactement comme lui, sauf qu’il n’arrive pas à effacer cette personne de sa vie, ni même à l’envisager. Lui demander de retirer tous les cadres me paraît compliqué et pas forcément juste… parce que pour lui et pour l’enfant, ces photos ont encore une place. Pas seulement comme un souvenir abstrait, mais parce qu’elle a compté dans une grosse partie de leur histoire. Pour l’enfant, elle a aussi toujours été là d’une certaine manière.
Je ne sais pas combien de photos sont affichées et dans combien de pièces, mais je pense qu’au mieux, vous pouvez espérer qu’il réduise un peu le nombre. Il n’est pas nécessaire d’avoir des images partout, dans chaque pièce. Mais vouloir les faire disparaître complètement, ce serait peut-être demander trop, surtout si c’est lié à une étape importante et à ce que l’enfant associe à la sécurité et au passé.
Après, est ce que cela vous suffirait, c’est une autre question. Peut être que même en limitant, vous seriez quand même mal à l’aise. Et vous vous demandez peut être aussi comment ça se passe concrètement au quotidien… si vous vivez ensemble, il y aura forcément ses affaires, ses meubles, la maison construite avec elle, tout ce qui est resté en place. Il est possible aussi qu’il ne soit pas encore prêt à remplacer « ses » choses par les vôtres. Dans la pratique, on peut vite se retrouver avec de petits problèmes pour renouveler des objets du quotidien, et au passage réorganiser l’espace. Je ne sais pas comment il est sur ce sujet, ni s’il y a une vraie entente entre vous pour trouver un équilibre.
En vrai, personne ne peut vraiment prévoir. J’ai déjà vu les deux situations: des personnes qui idéalisent l’ancien partenaire après son décès et n’arrivent pas à jeter ce qui a été acheté, et d’autres qui disent simplement que ce sont des objets et qui vivent avec, en gardant seulement quelques photos ici ou là. La question, au final, c’est combien de traces vous êtes capable de supporter dans votre cadre de vie, et jusqu’où vous pouvez vous adapter.
Et savoir s’il réussira à maintenir cette présence suffisamment à distance de votre vie à vous, c’est encore une autre étape. Déménager et recommencer ailleurs ne semble pas vraiment une option, donc il faut sans doute composer. Je pense que vous devrez vivre avec l’idée qu’elle restera un thème, surtout que l’enfant n’est plus tout petit et que la mère ne sera jamais oubliée.
Je vous souhaite vraiment beaucoup de doigté dans cette situation. Ce n’est pas facile pour vous deux… mais essayez de ne pas le prendre contre vous: ce n’est pas forcément dirigé contre vous, c’est plutôt un rapport à son passé et à l’histoire de l’enfant.
Salut… Je peux te comprendre, parce que moi aussi j’ai eu un vrai tournant… J’aime un veuf. Il a quarante et un ans et il a un enfant, cinq ans. Moi j’ai trente-neuf ans, j’ai deux enfants, quatre et trois. On a fini par se rencontrer parce que le destin a fait son travail… Sa femme est partie très jeune, à cause d’un cancer. Le petit n’avait même pas encore trois ans quand tout a basculé. Et pourtant, malgré ce qu’il a traversé, il t’a laissée entrer dans sa vie. Pour lui, ce n’est pas juste une présence, il y a des sentiments profonds… Il veut envisager une vie à deux. Il aime l’idée d’avoir une vraie continuité, une avenir commun. Il est clair qu’il aime encore, mais il aime aussi une femme bien vivante. Toi.
Ce que tu décris, ce fameux équilibre, c’est exactement ça… Garder sa femme dans son cœur, tout en construisant quelque chose maintenant, avec toi. Ce n’est pas simple. Et c’est plutôt un beau compliment quand il parle d’emménager avec toi… Comme si, à ses yeux, vous étiez déjà une équipe. Il te dit oui à un projet de vie, et il te dit oui à vous deux. Par contre, son logement, ce sera aussi le logement de son fils. Alors, l’ancien monde ne doit pas disparaître d’un coup. La femme décédée reste la mère. Et toi tu dois simplement laisser cette place tranquille, sans vouloir remplacer quoi que ce soit.
Les meubles sont des meubles. Les photos ont leur rôle. Au fond, il s’agit d’amour, pas d’échanger un chapitre contre un autre… Avec le temps, tu vas voir apparaître de nouvelles images. Vos moments. Tes instants avec lui, des souvenirs qui se tissent doucement avec sa vie d’avant. Petit à petit, votre passé et votre avenir deviennent un même fil.
Il continuera sans doute à parler avec beaucoup de tendresse de sa femme. Ça ne veut pas dire qu’il te compare, ou qu’il regrette. C’est juste une façon saine de se souvenir. Et lui aussi parle avec tendresse de toi… Je trouve important que tu aies assez de confiance. Il t’aime maintenant. Votre amour est différent, mais il reste réel, beau, présent. Vous vivez JETZT. Alors, GENIESSE. Essaie de ne pas trop ruminer.
La peine l’accompagnera longtemps. Même si tu as l’impression que tout va bien, ça reste une histoire qui marque. De mon côté, au début, j’avais les mêmes inquiétudes… je pensais trop. Mais l’amour ne s’arrête pas avec la mort. Il change de forme, c’est tout.
Je suis restée moi-même. Et je sais qu’il s’est choisi pour la vie réelle, dans le présent. Sa femme, on la garde aussi dans ce qu’il y a de plus intime, comme une part de son chemin… Dans ma tête, je lui parle parfois, comme une sorte de soutien. Il porte par exemple sa bague, et il porte aussi la mémoire de sa femme à sa façon, parce qu’il comprend ce qu’il ressent. Chez lui, il y a des photos partout. Et chez moi aussi, il y a des photos avec mon ex, puisque c’est le père de mes enfants. Donc je comprends parfaitement le tien…
Les photos restent, y compris celles de la chambre où il y a eu le mariage. C’est son espace à lui, sa manière de se retirer, de sentir et d’apprivoiser sa tristesse. Alors ne forces pas l’accès, ne bouge pas les repères. Laisse-le respirer. Et quand tu doutes, rappelle-toi une chose… l’amour se construit. Alors on apprend à aimer, à son rythme.
Amicalement, K.
Dis-lui plutôt que tu serais ravie de venir vivre chez lui, mais que tu aimerais refaire un peu la déco. Pourquoi te dirait-il non? Pendant les travaux, tu peux aussi réorganiser les photos et les ambiances. Tu peux même demander au garçon où il aimerait que soient accrochées les photos de sa maman. Et puisque Noël arrive, tu peux proposer un cadeau simple: une photo de ton ami, de son fils et de toi à offrir. Ne t’inquiète pas trop: sa femme décédée restera toujours très importante, mais toi aussi tu as ta place.
Ça me gêne, au moins en partie. Parle-lui! S’il veut vraiment que tu emménages chez lui, alors on retouche un peu l’appartement et vous achetez des meubles en commun. Bien sûr, elle a encore sa place dans son cœur, et les photos ne sont ni retirées ni jetées. Au final, il y a aussi le fils. Vous devez tous les deux faire le premier pas l’un vers l’autre.
Salut, je trouve ça très dur de faire face au décès, parce que les mauvais souvenirs finissent par s’effacer et il ne reste plus que le meilleur. Je ne sais pas trop quoi te conseiller. La façon de vivre le deuil varie énormément selon les personnes. J’ai connu un homme qui a trois enfants et dont la femme est partie très tôt, quand les enfants avaient un, quatre et sept ans. Il s’est remarié ensuite et on a effacé tous les signes du passé. Il ne reste aucune photo de son ancienne épouse sur les murs, ni dans la maison. Il n’y a presque pas de discussion à ce sujet, et les enfants n’ont pas non plus de photos d’elle dans leurs chambres. Personnellement, je trouve ça encore plus difficile que de garder une façon ouverte d’en parler. Bon courage.
C’est très dur d’aller vers quelqu’un quand il est parti. Dans certains messages, on dit que les mauvaises périodes s’effacent et qu’on ne garde que le bon. Pourquoi on affirme ça comme une évidence?
Parce que, souvent, ça se passe vraiment comme ça. Avec mon ami, c’était pareil après l’accident où il a perdu la vie.
Quand ma mère est décédée d’un cancer, j’avais treize ans. Ensuite, quand la compagne de mon père a emménagé chez nous, j’avais seize ans et ma sœur treize. On a vraiment eu du mal avec tout ce qui a suivi: les photos de ma mère et d’autres photos de notre famille, celles des grands-parents, ont été retirées. Elles n’étaient plus là d’un coup. À la place, on a installé beaucoup de photos de la famille de cette femme, y compris sa mère et ses enfants devenus adultes. Les travaux manuels de ma mère, des coussins et des petites figurines, ont aussi été enlevés petit à petit, même si mon père a fini par reconnaître le problème. Le fait que tout cela se soit passé comme ça me fait encore mal aujourd’hui, à trente-trois ans, quand j’y pense. Surtout parce qu’on nous a comme écartés de ces photos. À l’époque, ce n’était pas non plus simple, et elle ne venait pas vers les enfants. Je te trouve toutefois compréhensible. Je te souhaite d’être délicat avec le fils, vraiment!!!
Bonjour, je comprends vraiment ce que tu ressens. Je n’ai pas d’exemple précis, mais si tu envisages d’emménager avec lui, je ferais comme ça: laisser les choses s’organiser avec lui et son enfant, décider ensemble ce qui reste où, et ce qui ne reste pas. Tu peux aussi apporter un peu de soutien au quotidien. Par exemple, s’il est question d’accrocher une photo, tu peux proposer de faire un joli album, peut-être avec son fils. Ou encore créer un coin où certains objets à elle sont regroupés. Et je me dis: si tu vois les choses disparaître petit à petit, pas en mode jeter, mais plutôt en les ranger ailleurs, il est possible que ton partenaire soit d’accord. Mais est-ce que tu sais comment réagira son enfant? Certaines choses se passent sans paroles, c’est possible, mais ici il s’agit de la mère. À mon avis, il faut se retenir et lui laisser la décision, et essayer de réduire doucement seulement si c’est vraiment nécessaire. Et puis qui sait, un déménagement ou une vente peut arriver dans les prochains temps, on pourrait réaménager ensuite avec plus de place pour vous deux. Dans l’ensemble, si tu vis quelque temps avec eux et que tu as une bonne place auprès du fils, ça se met souvent en place naturellement. Ne néglige pas non plus les sentiments de l’enfant. Je vous souhaite vraiment le meilleur, de tout cœur.
Je suis aussi du même avis. Elle n’a pas forcément besoin de disparaître complètement de sa vie, même si au bout de quatre ans on pense que ça devrait aller mieux. Après tout, elle a quand même fait partie de lui. Et puis elle reste la mère de son fils, il le remarquera. Par contre, si elle est tellement présente que tu as l’impression de ne pas pouvoir te placer, et que tu te retrouves en permanence derrière elle, je pense qu’il faut chercher à en parler. Dis-lui ce qui te travaille, ton incertitude, et comment tu vis la situation. L’idée serait de trouver un terrain d’entente. Elle peut garder son coin pour ses affaires, mais il faut aussi que l’avenir se construise avec toi, et que ça devienne clair pour chacun. Ela
Situation délicate. Est-ce qu’il serait possible de tout repartir de zéro ensemble, en vendant la maison puis en en achetant une autre, et en aménageant neuf ou en partie?
Pauvre petit.
Cet homme a un enfant qui a perdu sa mère très tôt. Il y a peu de chances qu’il ait tout changé dans la maison au bout de seulement quatre ans, surtout que ce sont souvent les femmes qui gèrent la déco et donnent envie de racheter des choses. Forcément, il idéalise sa femme: il ne retient presque que le positif, parce que la mémoire s’accroche à ce qui reste.
Si tu veux vivre avec lui, tu vas devoir apprendre à vivre avec ces traces. Il ne faut pas qu’il commence à faire des comparaisons. Et évite de tout bouleverser d’un coup. Plutôt, avance doucement, progressivement, en respectant aussi le lien père et fils avec leur passé.
Oh, je… ce n’est vraiment pas une situation simple. Ni pour toi, ni pour ton ami. Je ne sais pas comment je réagirais à sa place. Mais je vais essayer de te dire ce qui me traverse l’esprit. Lui, à 35 ans, il a déjà perdu sa femme. Il se retrouve avec un enfant, un travail, la maison à gérer. Sans doute qu’il l’avait aussi beaucoup aimée, à sa façon, et qu’ils étaient heureux. Et ça ne veut pas dire que toi tu comptes moins. La différence, c’est qu’ici il n’y a pas une rupture, il y a un manque terrible. Perdre un être cher, surtout après une maladie lourde. Elle fait toujours partie de sa vie, justement parce qu’il y a leur enfant.
Si tu emménages, parle avec lui. Dis-lui que le décès de sa femme te touche aussi et que tu comprends que ce soit douloureux. Explique que le destin peut être cruel, sans l’enfoncer. Par contre, tu n’arrives pas à te sentir bien si, partout, il reste toutes les photos d’elle. Tu peux lui proposer une idée: créer un bel album ensemble. Et… rien n’empêche qu’il reste une photo au salon, ou encadrée sur un meuble. Tu peux aussi lui offrir une bougie qu’il allumera de temps en temps en sa mémoire.
L’important, c’est qu’il comprenne qu’il ne faut pas oublier sa femme. Mais en même temps, tu as envie de commencer une nouvelle page à deux. Et c’est dur pour toi si chaque pièce semble encore appartenir à elle seule. Je trouve que tu ne vois pas des fantômes. Dans l’ensemble, ton ressenti se défend. Je vous souhaite sincèrement plein de bonnes choses et de l’amour… 0815
J’ai aussi connu un veuf. Et justement, quand il parlait de sa femme, avec autant de tendresse et de douceur, ça m’a vraiment touchée. Chez lui, leurs photos à tous les coins, sa plaque d’immatriculation à leurs noms, ses petits détails de déco, tout ça faisait partie du quotidien. C’est difficile parce que, au début, j’avais une impression étrange, comme si je ne pourrais jamais atteindre cette histoire-là. Je me disais souvent que je devais être irréprochable, comme si je n’avais aucune chance. Avec le temps, ça s’est arrangé, parce qu’on a beaucoup discuté. Ça nous a aidés. Je lui ai demandé, avec beaucoup de délicatesse, si on pouvait prévoir un coin dans la maison pour ses souvenirs. Ça a fonctionné: il y avait même des photos dans chaque pièce. On est aussi allés au cimetière et on a entretenu sa tombe. Et le plus important, ça a été quand je lui ai demandé s’il y avait eu quelque chose qui n’avait pas été parfait entre eux. Il m’a répondu avec honnêteté. Depuis, je sais qu’il ne me compare pas à elle. J’ai aussi une estime de moi plus saine, et c’est quelque chose sur lequel il faut travailler.
Salut, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi le fils. Si je partais trop tôt, je n’aurais pas envie que, n’importe où, on enlève mes photos, surtout pour mes enfants. Chez nous, dans le hall d’escalier, il y a une galerie où l’on a mis plusieurs cadres, et on y voit aussi des photos de mon père, mon beau-famille, des amis, etc. Si un jour je rencontrai un veuf avec des enfants, je ne me verrais pas du tout tout changer d’un coup. Je réorganiserais peut-être, ou je mettrais quelques meubles plus récents, puis on chercherait ensemble un endroit pour créer, avec l’accord du père et de l’enfant, une petite place pour la maman.
j’ai rencontré mon compagnon actuel trois ans après le décès de mon premier mari. Nous sommes ensemble depuis onze ans. Mon premier mari est parti d’une façon terrible, et j’ai eu besoin de beaucoup de temps pour m’en remettre. Même aujourd’hui, j’y pense souvent et je parle beaucoup avec mon partenaire. Je suis vraiment contente qu’il ait été ouvert, qu’il m’ait jamais poussée, jamais forcée. À un moment, j’ai fait le ménage complètement seule. Je me suis levée le matin, et ce jour-là, j’ai su que c’était le moment. C’était mon choix. Tout ça s’est passé environ un an après que mon nouvel homme emménageait chez moi, et quatre ans après la disparition de mon mari. Ensuite, après encore un an, nous avons vendu la maison et nous sommes partis. Puis il est venu le jour où je pouvais réellement fermer la parenthèse. Je suis reconnaissante envers mon mari d’avoir accepté cette étape, d’avoir attendu avec moi.
Bonjour, je comprends, c’est vraiment difficile. Chacun a une histoire avant la rencontre, mais quand on se sépare de quelqu’un ce n’est pas pareil que quand le partenaire décède. On ne peut pas simplement tourner la page. Cette femme a forcément une place dans la vie de ton mari et aussi dans celle de son enfant, et il faut l’accepter. D’ailleurs, on t’a déjà donné de bons conseils: discuter avec lui, y aller progressivement, créer des changements petit à petit. Mais je ne pense pas non plus qu’il faille faire comme si elle n’existait pas, parce que ça rendrait la situation compliquée pour ton couple et pour l’enfant. Essaie de te mettre à sa place. Et en regardant l’autre côté, la première femme de ton ami serait peut-être aussi contente qu’il y ait de la présence pour son enfant, et que la vie de son mari ne soit pas figée. En tout cas, moi je fonctionnerais comme ça. Je n’aimerais pas que mon homme reste seul durablement, même si je comprends que ce n’est pas facile. Il a l’air d’être un homme bien, alors vous allez y arriver. Bien à toi, Maja.
D’après ce que tu décris, tu te retrouves en concurrence avec quelqu’un qui impose tout le temps la perfection. Dans ce schéma, tes erreurs et tes faiblesses deviennent visibles, et ça pèse. Personnellement, je ne voudrais pas vivre ça, parce que dans un duel aussi déséquilibré, il y a forcément quelqu’un qui finit par perdre. Changer quelques meubles ou poster des photos ne changera pas grand-chose.
Désolé, mais je trouve ton point de vue un peu trop tranché. Comme s’il y avait, sur ce sujet, un camp contre un autre. À mon avis, ce n’est jamais aussi noir ou blanc. La défunte épouse fait partie du passé, oui, mais ce passé ne disparaît pas vraiment, il reste là. Et dans le cas d’une personne qu’on aimait, c’est encore plus fort. Souvent, le “conflit” ressemble davantage à une comparaison dans l’esprit de certains, pas forcément chez la veuve elle-même. Si un nouveau partenaire n’entre pas d’emblée dans une sorte de compétition imaginaire, la relation se construit autrement. Bien sûr, on peut aussi idéaliser le disparu. Mais on peut limiter ça avec des échanges respectueux et de la transparence.
Oui, je comprends ton idée. Mais que faire quand la souffrance de la personne vivante augmente, face à l’ombre laissée par la défunte? Je sens bien, dans ce genre de situations, que ça finit par ne plus laisser de place qu’aux victimes.
Je lui dirais les choses franchement: tu ne veux pas t’installer chez lui tant que les photos de sa femme restent accro chées au mur. Ça te donne l’impression qu’elle est tout le temps là. Dans un album, ce serait différent. Les souvenirs, c’est bien, mais il faut aussi que ce soit supportable pour toi. Tu ne dois pas te sentir comme s’il était encore avec elle.
Tout à fait. Et le ressenti de l’enfant quand on enlève d’un coup toutes les photos de sa mère du mur, on s’en fiche.
Alors, qu’elle n’emménage pas si elle ne se sent pas à l’aise. Pourquoi ses sentiments devraient passer après?
Ouf, c’est vraiment difficile. D’un côté, tu n’as pas le choix de composer avec le fait qu’elle a été une grande histoire et que la fin a été terrible. Elle fait partie de son passé, et forcément elle reste plus présente que ta place à toi pour le moment. Je comprends très bien ton besoin d’avoir quelque chose de vraiment à toi, d’être pleinement là dans cette relation. Mais dans des moments comme celui-ci, le plus important, c’est qu’on puisse parler. Dis-lui ce que tu ressens, ce que tu aimerais, ce dont tu as besoin. Ensuite, il pourra te dire comment il vit les choses, et ce qu’il espère. En procédant doucement, chacun construit votre manière à vous d’avancer. Et toi, tu es le présent, même si lui n’arrive pas encore à lâcher complètement le passé. Ça peut prendre plusieurs années avant de vraiment digérer une perte comme ça. Alors aide-le à avancer, avec de la tendresse et de la compréhension, sans faire de cette femme un adversaire. Vous aimez le même homme. Tout ce qu’il y a de plus doux.
J’ai eu le même genre de souci. Elle s’est mise à vivre avec son ami et, même chez lui, on retrouvait encore partout la présence de la femme qu’il avait perdue. Ma mère, de son côté, a commencé un jour à changer certaines choses dans la maison, surtout pour l’aménagement, mais sans tout faire d’un coup. Il y avait un temps d’adaptation, pour qu’il comprenne le changement. Puis, au fil des semaines, elle a retiré les photos accrochées au mur et elle a rassemblé les objets personnels. Elle a ensuite installé une vitrine dans le couloir, où une partie de ces souvenirs a trouvé sa place. Les plus belles photos, elle les a mises dans un album, qu’elle lui a remis. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une photo de cette femme dans le salon, avec une bougie. Ma mère ne trouve pas ça choquant. C’est son passé, et elle dit qu’elle ne voudrait pas, non plus, qu’on relègue tout au grenier après sa mort.